L’histoire de Morlaix, par Joseph Daumesnil

Joseph Daumesnil est né à Landerneau d’un père normand, il entre jeune dans l’administration municipale. Il est maire de 1733 à 1737. Ces cinq années à la tête de la communauté de ville sont les années de la fin du conflit avec la cour royale, de l’extension du port, de la construction du nouvel hôpital de la ville, et de l’établissement de la manufacture dans les entrepôts de la compagnie des Indes. Il est resté échevin pendant au moins dix autres années. Lors de sa mort le 7 octobre 1771, à 70 ans, il est conseiller de l’amirauté et commissaire des Etats de Bretagne.

En 1879, le bibliothécaire de la ville, Adolphe Allier, publie chez l’imprimeur Lédan « l‘Histoire de Morlaix par Joseph Daumesnil, ancien maire, annotée par M Aymar de Blois, continuée et publiée par M. A. Allier, bibliothécaire de la Ville« . Cet ouvrage a été réédité en 1995 aux éditions de La Tour Gile. C’est une mine de renseignements pour tout historien s’intéressant à Morlaix à l’époque moderne. L’ouvrage de 1879 est l’édition des « Recherches sur la ville de Morlaix« , « volumineux manuscrit aux feuilles jaunies et poudreuses« . C’est ce qu’en dit Charles Alexandre dans sa notice biographique de Daumesnil. Il précise même : « il est là (dans la Bibliothèque de la ville), perdu, oublié, sur les rayons. C’est à peine si de loin en loin quelque rare lecteur vient ouvrir ce livre abandonné.« 

Alexandre poursuit en nous apprenant que ces recherches « renferment des pièces authentiques perdues ou détruites par la Révolution. C’est un cartulaire communal. Un vieil et aimable bénédictin de Morlaix, tout chargé d’ans et de science, M. de Blois, y a joint des notes savantes, ingénieuses et critiques« . Aymar de Blois justement fournit une préface qui nous éclaire sur l’importance des travaux de Daumesnil.

« Ces recherches curieuses sur la ville de Morlaix ont été faites par M. Joseph Daumesnil, ancien maire de cette ville qui les recueillit dans les archives qu’il s’était chargé de mettre en ordre en 1765 ou 1766. Elles sont d’autant plus précieuses que l’on y trouve une foule de particularités que l’on chercherait vainement ailleurs, et que depuis la Révolution une grande quantité de titres ont disparu des archives de la Mairie. (…) Ces articles tendent à jeter quelque jour sur l’état des choses de ces temps reculés. M. Daumesnil parle d’une partie historique dont on n’a pas de connaissance et qui se trouve perdue, selon toute apparence, avec plusieurs cahiers de ces recherches. On voit d’ailleurs que cet ouvrage n’a jamais été achevé et qu’un grand nombre de cahiers sont restés imparfaits. Il est bien fâcheux que l’auteur n’ait pas pu le rendre complet, car il était plus à même que qui que ce soit de faire les recherches convenables pour y parvenir.« 

Ce travail est surtout un ensemble de listes réparties en 33 chapitres. Adolphe Allier et Aymar de Blois les ont prolongées jusqu’à leur époque et ont ajouté quatre chapitres. Ces listes sont nombreuses et variées. Des Gouverneurs de Bretagne aux rois du papegault en passant par tous les officiers municipaux et les juges de la cour royale, elles ont servi de source pour la plupart des érudits et historiens ayant étudié Morlaix depuis la Révolution. Cependant elles ne sont pas parfaites. Daumesnil ne parlait pas le breton et par conséquent écorche quelques noms. Il existe aussi plusieurs erreurs sur les prénoms de ces personnages. Les omissions sont nombreuses car l’ancien maire n’a pu compiler que les archives à sa disposition. Il est même possible que certains oublis soient volontaires.

Enfin, toutes ces recherches sont fondées sur un parti pris évident. Morlaix est présentée volontairement en pleine décadence avant son mandat, ce qui rend d’autant plus bénéfique son œuvre politique. De même, la présentation du conflit entre la communauté et la cour royale occupe une place de choix, les juges royaux étant systématiquement opposés aux libertés de la ville. Daumesnil oublit ainsi toutes les affaires où les juges ont fait preuve d’une neutralité pour le moins bienveillante. Ce conflit est délibérément présenté sans interruption jusqu’à son mandat. Bref, toute cette histoire de Morlaix converge vers l’œuvre de son auteur, tant politique que littéraire.

L’édition de 1879 pose également problème. Les éditeurs ne se sont pas contentés de compléter l’ouvrage, ils l’ont corrigé et abrégé sans toujours en informer le lecteur. Plusieurs éléments ont été supprimés par manque d’intérêt. Adolphe Allier précise même à la page 266 au sujet des procureurs nobles du Mur : « Nous croyons inutile de donner la liste des prévôts nobles (…). Cette longue nomenclature ne pourrait d’ailleurs qu’être assez ennuyeuse, car elle contient 136 noms.« 

Ces choix arbitraires des éditeurs du dix-neuvième siècle ajoutent encore à la subjectivité évidente de Joseph Daumesnil. Pourtant de nombreux auteurs postérieurs se sont contentés de reprendre cet ouvrage sans toujours préciser son âge véritable ni en vérifier les informations. « L’Histoire de Morlaix » est une source incontournable mais sûrement pas moins infaillible que d’autres.

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