Histoire de Morlaix, par Guillaume Le Jean (1846)

De son titre complet, Histoire politique et municipale de la ville et de la communauté de Morlaix depuis les temps reculés jusqu’à la Révolution Française, cette histoire de Morlaix par Guillaume Le Jean est antérieure de quelques décennies à la réédition de celle de Joseph Daumesnil par Adolphe Allier.

L’auteur

Guillaume Le Jean est un trégorois né en 1824 dans une famille de paysans aisés. Erudit multi-passionné, comme d’autres à son époque, il travaille comme journaliste à Morlaix. Il n’a que 22 ans quand il publie son histoire de Morlaix (disponible sur gallica), qu’une histoire de Bretagne suivra bientôt. Par la suite, à l’occasion d’un voyage dans les Balkans, il dresse des cartes ethnologiques qui seront prises en compte pour les découpages de la région lors du retrait des Ottomans.

Républicain, ami de Michelet et de Lamartine, Guillaume Le Jean obtiendra quand même une bourse impériale vers 1860 pour une expédition dans l’Afrique de l’Est. Consul de France sur la mer Rouge, il est un temps prisonnier du Negus. Il repasse de temps en temps à Plouegat-Guerrand, son village natal, mais repart pour l’Himalaya où il étudie les populations locales et dresse des cartes. Fatigué par ces voyages, il se retire à 47 ans, et décède en 1871 dans sa propriété de Traon-Dour (Plouegat-Guerrand). A voir, l’excellente video de la maison du tourisme Baie de Morlaix – Monts d’Arrée.

Quelques remarques sur cette histoire de Morlaix

Cet ouvrage s’appuie sur ses observations, sur les premières découvertes archéologiques et sur les travaux précédents qu’il apprécie différemment : Albert Le Grand (« fables », « légende »), Daumesnil (plagié sans scrupule), Cambry, Ogée (« excellente dissertation »), Miorcec de Kerdanet (« tradition locale »).

Dans son premier chapitre, le regard de Guillaume Le Jean sur l’origine de morlaix est symptomatique de son époque. Il essaye d’agir en scientifique, mais ses conclusions ont la simplicité de celles de son temps, et on peut y noter une difficulté à se séparer de certaines légendes (« l’immortel Arthur, chef poétique et fabuleux de la Table-Ronde »). S’il rejette l’évangélisation de Morlaix en 72, il y voit l’emplacement de Vorganium, changé en Morgan grâce à la dissonance V/M du breton. Il prend comme argument le ruisseau Tromorgan, qui en tirerait son nom. Les dernières recherches placent plutôt Vorganium dans le Léon, à Kerilien, en Plouneventer.

Le second chapitre de Guillaume Le Jean est beaucoup plus précieux puisqu’il s’ouvre sur les textes de fondation des 3 prieurés composant Morlaix, en français et en latin (St-Martin, St-Mathieu, St-Melaine). En revanche, dans son interprétation de ces textes fondateurs, Le Jean place le château des comtes de Léon sur la colline du Créou, côté Est. Ces supposés vestiges sont également indiqués dans le plan de Morlaix dressé vers 1846. Connaissant le travail cartographique de Guillaume Le Jean par la suite, il n’est pas impossible qu’il soit l’auteur de ce plan.

« l’histoire politique, proprement dite, de Morlaix est terminée avec le Moyen Age »

Le chapitre s’appuie ensuite largement sur le manuscrit de Joseph Daumesnil, dont il restitue intégralement la liste des procureurs syndics. Le Jean interromp la liste en 1637 pour insérer la notice historique sur Morlaix de M.F. Gouin, sous l’intertitre « Histoire politique de Morlaix (1561-1796) ». Cette notice politique commence paradoxalement par « l’histoire politique, proprement dite, de Morlaix est terminée avec le Moyen Age ». Le principal intérêt de cette partie réside dans son analyse fouillée (avec extraits) du cahier du conseil de la Sainte-Union, forme de conseil adoptée par la ville pendant les guerres de la Ligue entre 1589 et 1594. Il l’agrémente, page 111, de citations de l’ouvrage « Histoire de ce qui s’est passé en Bretagne pendant les guerres de la Ligue », par Moreau, donnant le détail de la reprise de la ville par les troupes royalistes en 1594.

Le 17e siècle est expédié en 2 pages, le suivant en 1 page et demie. Un appendice de 4 page relate les épidémies un autre de 7 page est consacré a l’administration municipale (très inspiré de Daumesnil).

Page 133, Le Jean la liste des maires dressée par Daumesnil. Il poursuit le plagiat de Daunesnil jusqu’à la page 240 en ajoutant des notes de Aymar de Blois sur Ogée et Daumesnil, agrémentées ci-et-la de quelques passage d’Albert Le Grand et de remarques personnelles.

Page 241, il commence un nouveau chapitre, sans le numéroter, consacré a la topographie de la ville, qui semble une synthèse plus originale, bien qu’augmentée de notes d’Ogée. La copie de passages entiers plus anciens est trahie néanmoins par des expressions comme « 45,000 livres de notre monnaie ».

Page 249, il cite pour la première fois une notice d’O. Le Gall, Morlaix et ses environs.

Conclusion

Guillaume Le Jean est le premier éditeur des travaux de Daumesnil. Son travail de synthèse des premiers historiens de Morlaix fut très apprécié de ses successeurs. Malheureusement, sa réputation donna à cette oeuvre de jeunesse un ton sérieux qu’elle ne méritait pas, tant y est faible la part personnelle de son auteur.

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