Le budget du Château du Taureau en 1605

Dans les inventaires du fonds ancien de la bibliothèque de Morlaix un épais cahier a été classé séparément des autres pièces comptables. Résumé sous le titre « Impôts et billots, 1605 », c’est le seul document du genre ayant survécu au pillage des archives morlaisiennes. Quand je l’ai ouvert pour la première fois, il y avait encore du sable entre les pages, et j’avais de la peine à déchiffrer cette écriture. Heureusement, l’interligne est large et j’avais encore quelques souvenirs de mes cours de paléographie.

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Il a été dressé par Nicolas Desportes, sieur du Rest, procureur-syndic et miseur de Morlaix en 1605 (le titre de maire ne sera pas porté avant le siècle suivant). Depuis 1599, le procureur-syndic cumule sa fonction de représentant du conseil de ville avec celle de miseur (comptable). Le mandat dure une seule année (jusqu’en 1671). Les impôts et billots sont des droits indirects dus sur toutes les boissons vendues au détail dans les limites de la ville. A Morlaix, cette taxe est affectée à l’entretien de la forteresse du Taureau, à la charge de la ville depuis sa construction, à partir de 1542. Comme pour les autres taxes de l’époque, la perception est privatisée et fait l’objet d’enchères annuelles ou triennales, parfois source d’une forte spéculation. Il s’agit pour le fermier, en général soutenu par un banquier ou banquier lui-même, d’estimer la rentrée de l’année suivante et le coût de perception. Les bénéfices fluctuent selon la consommation d’alcool et l’efficacité de la fraude.

Ch.taureau

En 1605, Nicolas Desportes se voit confier 7000 livres pour entretenir le château du Taureau pendant son mandat d’une seule année. L’objectif du compte est de faire approuver ses dépenses. Après contrôle par l’un de ses 2 adjoints (« le contrôleur du miseur »), et présentation à la communauté de ville (le conseil municipal), le maire sortant doit encore le faire valider par la chambres des comptes de Nantes. Une dépense rayée par la Chambre revient à la charge personnelle du maire. A la fin du processus, le miseur sait quelle somme il doit donner à son successeur (s’il n’a pas tout dépensé) ou de combien la ville lui est redevable (s’il a dépassé le budget). Cette méthode de gestion budgétaire est source de procès réguliers, et coûteux, entre la ville et ses anciens édiles.

En cette année 1605, la ville vient juste de reprendre la main sur le château qui protège l’accès de la rivière et du port. A l’accession au trône de Henri IV, en 1589, la ville choisi le mauvais camp, et est assiégée par l’armée royale en 1594. Le capitaine du château du Taureau, traditionnellement nommé pour un an à l’issue de son mandat de procureur-syndic, pour sauver sa place, prétend que le roi lui a confié la surveillance du fort jusqu’à nouvel ordre. Début 1595, il refuse de rendre la place et la conserve jusqu’en 1604.

Entretien de la garnison

Le premier poste de dépense concernant le Taureau est le paiement de la garnison, c’est l’objet du premier chapitre du compte de 1605. Quatre fois par an, la communauté de ville se déplace dans la forteresse pour passer en revue les soldats et payer leur solde. Ce déplacement, payé par le miseur, a un coût conséquent. Outre le quart de la solde, dont le montant total se monte pour l’année 1605 à 3719 livres et 4 sous, le comptable se décharge aussi des sommes payées pour le transport et les collations. Ces voyages ont lieu le 7 mars, le 7 juin, le 12 septembre et le 19 décembre 1605. Le 6 mars 1606 a lieu le premier voyage de la charge du successeur de Nicolas Desportes, c’est également le paiement du quatrième quartier de la solde. Le 7 mars 1605, Nicolas Desportes dépense 141 livres 5 sous pour l’installation du nouveau capitaine du fort, Maurice de Kerret. Deux copies de l’état de la garnison coûtent 15 sous. Le trajet de Morlaix au château revient à 11 livres. Le dîner d’installation au château revient à 87 livres et 5 sous. Le retour à Morlaix, où les membres de la communauté prennent une collation, coûte 13 livres et 5 sous. Enfin le transport des vivres pour le dîner est payé 9 livres. Les quatre visites suivantes se déroulent sensiblement de la même façon. Le comptable donne un déjeuner à ceux qui vont au château qui, ajouté à la collation du retour et au vin des mariniers, revient entre 6 et 9 livres. Après la revue, la solde de la garnison est payée au capitaine devant notaires. Ceux-ci prennent 6 livres et 8 sous pour la quittance. Un dîner est donné au château avant le retour à Morlaix, il coûte entre 12 et 15 livres selon le nombre de participants.

Plan du château du Taureau antérieur à 1689 par de La Pointe fils. (Sources : Service Historique de la Marine, Château de Vincennes).
Plan antérieur à 1689, de La Pointe fils.
(Sources : Service Historique de la Marine, Château de Vincennes).

Frais de chauffages

Le deuxième chapitre consacré au Taureau  concerne les bois et chandelles. Il s’agit là des frais de chauffage et d’éclairage du château qui coûtent pour cette année plus de 200 livres. En mars, Nicolas Desportes fait amener au Taureau cinq charrettes de gros bois pour près de douze livres. Le même mois il fourni aussi deux charrettes de fagots. En mai, il achète pour 96 livres de bois de chauffage à Ploujean qui sont livrés en août et en septembre. Pour l’éclairage, Nicolas Desportes achète 6 livres de chandelles en mars, 8 livres en mai, 12 livres en juin, 20 livres en septembre et 3 livres en janvier 1606. Toutes ces chandelles ont coûté environ douze livres. Le comptable fournit également des bougies. Il fait en fait porter 30 douzaines en septembre, 25 douzaines en janvier. Ces bougies sont achetées 65 livres aux religieux de Cuburien.

Entretien des bateaux et autres dépenses

Dans sa troisième partie sur le Taureau, le comptable regroupe les frais d’entretien des bateaux et les autres dépenses. La forteresse possède deux embarcations. La réfection des voiles de la grande chaloupe coûte près de 60 livres en juillet. Les cordages de deux navires reviennent à presque 75 livres en août. Ces bateaux ne servaient que rarement et en janvier 1606, Nicolas Desportes fait raccommoder « le bateau dudict chasteau qui navoit servy long temps ». Dans ce chapitre, le comptable insère également l’huile pour les armes et le vinaigre pour les canons, ainsi que l’entretien de ces derniers. Pendant l’année, Nicolas Desportes fait poser une horloge, dont l’achat et l’installation se montent à 185 livres. Le comptable achète en outre des mèches, des clefs pour la chambre du capitaine, des barriques vides, une cognée pour fendre le bois et des cierges pour la chapelle. Du reste, le comptable donne 64 sous à un tailleur de pierre « pour aller à l’Isle Grande choisir des pierres pour faire un quai audict chasteau affin dy attacher les batteaux. »

L’entretien du château du Taureau occasionne des dépenses diverses. Cependant le total de ces dépenses n’atteint qu’environ 4500 livres pour une recette de 7000 livres. En 1605, la possession de la forteresse rapporte 2500 livres à la ville. La responsabilité du Taureau n’est donc pas systématiquement une source d’endettement pour la ville.

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