18 enfants ! Jacques Alain et Marie Coroller, un couple du Grand Siècle

Monsieur et Madame de La Marre ont vécu à Morlaix au XVIIe siècle. Depuis bientôt 15 ans, je les traque dans les archives de l’Ouest de la France. Les traces qu’ils y ont laissé permettent de bien connaître certains aspects de leur vie, tandis que d’autres restent totalement inconnus. L’une des caractéristiques qui retient l’attention de mes interlocuteurs est leur fertilité : Jacques Alain et Marie Coroller ont eu 18 enfants! 

NOTA : les mots suivis d’un astérisque sont définis dans le glossaire.

Il est difficile de se rendre compte de la vie d’une famille bourgeoise à Morlaix au XVIIe siècle. Alors que la vie de la cour est chroniquée au jour le jour, la vie en province reste dans une pénombre à peine éclairée par quelques témoignages isolés. Certes, plusieurs générations d’historiens démographes ont défrichées les registres paroissiaux depuis Pierre Goubert, et nous offrent de belles statistiques de la vie paysanne sous l’Ancien Régime. Mais à partir de là, certaines généralités énoncées sont contradictoires avec mes découvertes. Ainsi, j’ai trouvé dans un cours d’histoire que les femmes du XVIIe siècle avaient un maximum de 15 enfants pendant leur vie. Comment situer alors la famille de La Marre et ses 18 enfants (jamais de jumeaux)? Est-ce un phénomène digne du livre des records de l’époque ou cet exemple suffit-il à réécrire les livres d’histoire?

En fait, on dispose d’assez peu d’éléments au sujet de la bourgeoisie marchande du Grand Siècle. François Lebrun a étudié la famille de l’avocat angevin Pierre Audouys (1641-1712). Le notaire nîmois Etienne Borrelly (1633-1718), étudié par Robert Sauzet est un des autres exemples de l’époque. En Bretagne, André Lespagnol nous offre un point de comparaison avec Les Messieurs de Saint-Malo, dont il détaillent les structures familiales sur plusieurs générations.

Concernant Monsieur et Madame de La Marre, j’ai choisi pour cet article de vous les présenter sous l’angle de leurs enfants et de leur vie de famille. Je traiterai certainement d’autres aspects de leur histoire dans de prochains articles. Par ailleurs, vous trouverez dans le texte plusieurs liens vers mes articles consacrés à leurs enfants.

Un mariage bourgeois

Jacques Alain, sieur de La Marre, est né à Caen en 1627. Il apparaît pour la première fois dans les archives à Morlaix en 1651, lors d’un baptême dans la paroisse Saint-Mathieu. Il est le fils de Jacques Alain, sieur de La Marre, et de Marie Aubrée (ou Aubérée), qui meurent dans les années 1650 en lui laissant 150 000 Livres*, une petite fortune qu’il partage avec son seul frère.

Blason de la famille Allain de La Marre. Le besant (rond) est parfois argent (blanc)
Blason de la famille Alain de La Marre. Le besant (rond) est parfois argent (blanc)

Marie Coroller est née à Morlaix le 27 décembre 1634. Elle est la fille aînée d’Yves Coroller de Kerdanneau et de Guillemette Le Borgne. Lors de son baptême, en l’église Saint-Melaine, son parrain est Yves Le Borgne de Langaran (son grand-père maternel) et sa marraine est Marie Partevaux de Kervescontou (sa grand-mère paternelle).

Blason de la famille Coroller. Les 3 pesants (ronds) sont parfois remplacés par une étoile au dessus du cerf.
Blason de la famille Coroller. Les 3 besants (ronds) sont parfois remplacés par une étoile au dessus du cerf.

La famille Coroller est très influente à Morlaix depuis le début du XVIIe siècle, où elle s’est enrichie grâce au commerce des toiles de lin. Elle cultive pour légende fondatrice, l’histoire d’Eon Coroller, pendu par le duc Jean IV en 1374, après avoir offert sa vie en l’échange de la sauvegarde de la ville. Le père de Marie a été maire de Morlaix, tout comme son père avant lui.

Jusqu’à l’âge adulte, la vie de Marie est rythmée par les très nombreuses grossesses de sa mère, qui attend, lors de son mariage, son avant-dernier enfant, le 17ème !!! Morlaix à l’époque est marquée par une importante tension politique (les effets locaux de la Fronde). Les Coroller sont à ce moment là impliqués dans la lutte de pouvoir opposant les anciennes familles morlaisiennes aux nouveaux venus sur la scène politique et commerciale (originaires de Haute Bretagne ou de Normandie), tous attirés par la richesse de la ville. L’un des rebondissements de cette époque fait l’objet d’un plus long développement sur ce blog. Les Coroller sont indubitablement du côté des vieilles familles, et pourtant ils sont les premiers à offrir leurs filles en mariage à ces « étrangers », scellant ainsi la fin du conflit. Il faut noter cependant que tous ces mariés sont des hommes qui restent vivre à Morlaix. Il n’y a pas encore à ce moment de « fuite » des Morlaisiennes vers d’autres provinces.

Yves Coroller de Kerdanneau connait probablement Jacques Alain à cause du négoce des toiles. Sa fortune en fait du jeune marchand normand un beau parti pour sa fille aînée. Elle est peut-être encore un peu jeune pour se marier, mais cela fera déjà une bouche de moins à nourrir et à héberger dans une famille qui continue de grandir.

Les futurs époux ont très bien pu se rencontrer à l’occasion de baptêmes entre 1651 et 1654. Dès 1651, Marie Coroller est marraine de son petit frère Jan, elle n’a que 17 ans mais porte déjà un titre : mademoiselle de Kerlisiou. Cela lui donne symboliquement un statut d’adulte, même si elle n’est pas encore majeure. Elle est dorénavant visible dans la bonne société morlaisienne. En septembre 1653, elle est la marraine d’un enfant en compagnie de Louis Musnier de Quatremarres, ami de Jacques Alain, et qui sera présent à leur mariage.

Acte de baptême de Jan Coroller, AD29.
Acte de baptême de Jan Coroller, en 1651. AD29. On y distingue la signature de Marie Coroller.

De son côté, Jacques est plusieurs fois parrain dans des familles bourgeoises de la ville proches des Coroller. En octobre 1653, pour Jacques Hervé, sa commère (la marraine) est Jeanne Le Borgne de Kervidonné, belle-soeur de Yves Coroller. En juin 1654, pour Catherine Guibertho, sa commère est Catherine Le Borgne du Runiou, une autre belle-soeur d’Yves Coroller. Enfin, en septembre 1655, c’est avec la 3ème soeur Le Borgne, sa future belle-mère, pour Jacques Le Tripoter.

Baptême de Jacques Hervé en 1653. AD29. On peut noter la signature de Jacques Allain avec le
Baptême de Jacques Hervé en 1653. AD29. On peut noter la signature de Jacques Alain suivie du « nid d’abeille » caractéristique des marchands.

Le 31 août 1655, Yves Coroller reçoit chez lui deux notaires et quelques uns de ses parents, pour finaliser et faire signer le contrat de mariage par lequel il cédera sa fille aînée (20 ans) à Jacques Alain (27 ans). Comme de coutume, les Coroller s’engagent à fournir l’habillement de la mariée et ses bijoux. Ils promettent en plus d’héberger le jeune couple dans une chambre meublée. Le contrat prévoit aussi une dot de 10 000 Livres en avance de succession, dont 4 000 Livres sous forme d’une rente annuelle de 200 Livres. Les 6 000 Livres en espèces sera payée le 3 août 1656. Il est en effet de tradition de verser la dot après la naissance du premier enfant, même si cette condition n’est pas explicitement prévue dans ce contrat de mariage. A titre de comparaison, 32 ans plus tôt, la dot de la mère de Jacques Alain est de 2 000 Livres, tandis que celle de sa fille aînée est de 66 000 Livres en février 1683. Cela démontre bien l’enrichissement de la famille Alain au XVIIe siècle, en trois génération, les dots ont été multiplié par 33.

Le mariage proprement dit n’a pas lieu tout de suite, sans que l’on sache vraiment pourquoi. En général, il ne se passe pas plus de quelques jours entre la signature du contrat et la cérémonie. Peut-être cette union a-t-elle été précipitée. On peut aussi imaginer que Jacques Alain a des affaires à régler à Caen. Orphelin depuis peu, il est chargé de la tutelle de son jeune frère et doit donc peut-être s’assurer de son avenir avant de pouvoir s’installer définitivement en Bretagne.

Toutes les affaires étant réglées des deux côtés, la cérémonie peut enfin avoir lieu. Les noces sont célébrées le 12 octobre en l’église Saint-Melaine, qui par tradition a dû rester portes ouvertes, l’engagement étant un acte public. La famille de Marie Coroller est présente, pas celle de Jacques Alain, entouré seulement de ses relations professionnelles. Aucun des membres de sa famille ne s’est déplacé depuis Caen, ni son frère, ni ses nombreux cousins, pourtant en capacité de faire le voyage. Cela soulève des questions pour lesquelles je n’ai pas le moindre début de réponse. Cette union n’est peut-être pas du goût des Alain, qui préfèreraient le voir revenir à Caen ou qui la considère comme une mésalliance. Jacques Alain a également pu quitter la Normandie, sans idée de retour, en rompant tous les liens.

Eglise St-Melaine de Morlaix.
Eglise St-Melaine de Morlaix.

La cérémonie a probablement été suivie de fêtes et de jeux. L’acte de mariage rédigé par le curé de la paroisse ne permet malheureusement pas d’en apprendre grand chose.

Acte de mariage de Jacques Allain et Marie Coroller, en 1655. AD29.
Acte de mariage de Jacques Alain et Marie Coroller, en 1655. AD29.

Ce qui est certain en tout cas, c’est que Monsieur et Madame de La Marre ont à cœur de consommer rapidement leur mariage. Après tout, selon l’Eglise, il n’a pas d’autre finalité que la conception.

18 enfants en 23 ans!

8 mois et 27 jours après sa nuit de noces, Marie Coroller accouche de son premier enfant, une fille. Exactement comme sa mère, elle met au monde 18 enfants. Pendant 22 ans, elle accouche tous les 13 mois en moyenne ; le délai moyen entre 2 naissances s’allonge à 17 mois après le 14ème enfant, et atteint 25 mois pour le dernier. Voici la liste des enfants de Jacques Alain et de Marie Coroller. Les parrains et marraines sont indiqués entre parenthèses.

  1. Jacquette, baptisée à St-Melaine le 9 Juillet 1656 (Meriadec Coroller de Kerorven et Guillemette Le Borgne de Kerdanneau). Morte en bas âge.
  2. Françoise, baptisée à St-Martin le 17 août 1657 (Olivier Guillousou de Rostedan et Françoise de Keranguen dame douairière de Langaran). Morte en bas âge.
  3. Jacques, baptisé à St-Martin le 21 septembre 1658 (Henri Gueguen et Françoise Lamerquin, pauvres de l’hôpital). Avocat au Parlement de Paris. Voir mon article sur Monsieur de Morinville.
  4. Yvonne-Catherine, baptisée à St-Melaine le 12 Février 1660 (Yves Coroller de Kerdanneau et Catherine Le Borgne du Runiou). Rentre au couvent des Ursulines de Guingamp.
  5. François, baptisé à St-Melaine le 4 Juin 1661 (Henri Gueguen et Françoise Lamerquin, pauvres de l’hôpital). Mort en bas âge.
  6. Jean-François, baptisé à St-Melaine le 27 Novembre 1662 (Jean Oriot du Runiou et Françoise Guillousou de Saint-Spé). Mort en bas âge.
  7. Françoise, née le 1er Février 1664, baptisée le 6 à St-Melaine (Joseph Coroller du Nechoat et Françoise Coroller de La Furtaye). Epouse Jean-Olivier Berthou, seigneur de Kerverzio, président au Parlement de Bretagne.
  8. Marie, baptisée le 27 Février 1665 (Maurice Le Borgne de Kercadiou et Marie Harscouet). Epouse Louis-Florian Desnos, seigneur des Fossés, conseiller au Parlement de Bretagne.
  9. Claire, baptisée à St-Melaine le 26 Avril 1666 (Tanguy Le Bescont et Marie L’Ellies, pauvres de l’hôpital). Morte en bas âge.
  10. Louise, baptisée à St-Melaine le 3 Juin 1667 (Jacques Alain et Louise Coroller du Rascoat). Epouse Louis-Nicolas, marquis de Ploeuc, puis Guénolé Mathieu-Jan, comte de Sanzay.
  11. Anne, baptisée à St-Melaine le 13 Juin 1668 (François Lannion et Amice Coativy, pauvres de l’hôpital). Epouse Louis Roger, seigneur de Campagnole, gouverneur de Brest, contre l’avis de sa mère.
  12. Thérèse, baptisée à St-Melaine le 13 Septembre 1669 (François Lannion et Amice Coativy, pauvres de l’hôpital). Epouse Pierre d’Oilliamson, marquis de Saint-Germain.
  13. Pierre-Hyérôme, né le 30 septembre et baptisé à St-Melaine le 2 Octobre 1670 (Christophe Morgatta et Catherine Nicolas, pauvres de l’hôpital). Officier puis Lieutenant de la Vénerie du duc de Berry. Voir mon article sur Monsieur de Montafilant.
  14. Magdeleine, baptisée le 20 Mars 1672 (Thomas Nicol et Perrine Thomas, pauvres de l’hôpital). Morte en bas âge.
  15. Louise-Ursule, baptisée le 20 Juin 1673 (Louis Croisier et Marie Alain). Epouse Joseph Hyacinthe de Tinteniac, marquis de Quimerc’h.
  16. Joseph-Nicolas, baptisé le 24 Novembre 1674 (Pierre-Hyérôme Alain et Louise Alain). Entre chez les Jésuites, devient procureur du collège de Quimper.
  17. Magdelaine-Céleste, baptisée le 26 Mars 1676 (Tanguy Coativy et Françoise Scouarnec, pauvres de l’hôpital). Religieuse aux Ursulines de Guingamp, puis en sort pour épouser Charles Le Merdy, seigneur de Catuelan, contre l’avis de sa mère.
  18. Marguerite-Rose, baptisée le 25 Mai 1678 (Pierre-Hyérôme Alain et Marie Alain). Religieuse à l’Abbaye de ND de la Joie à Hennebont.
Baptistère de St-Melaine, datant de 1660.
Baptistère de St-Melaine, datant de 1660.

On ne peut que constater l’absence de la famille paternelle parmi les parrains et marraines. Traditionnellement, le premier enfant aurait dû avoir pour parrain le père, un oncle ou un frère de Jacques. Malgré tout, les prénoms choisis pour les premiers enfants marquent l’attachement de Jacques envers sa famille (son père s’appelait Jacques, et son frère s’appelle François, prénoms plus rares chez les Coroller).

Si la taille de cette famille semble extraordinaire, même pour l’époque dont la moyenne se situe autour de 5-6 enfants, elle n’est pas un cas isolé en Bretagne. Sa propre mère met au monde 18 enfants, et sa tante en a 15. Dans le cas de Marie Coroller, cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs qui ne sont finalement pas si exceptionnels, en dehors d’une prédisposition génétique certaine.

Tout d’abord, la période de fécondité de Marie Coroller est pleinement utilisée. Elle n’a que 20 ans lors de son mariage, alors que, à part dans la haute aristocratie, les filles se marient en général vers 25 ans au XVIIe siècle. Manifestement, elle ne partage pas la peur panique de Madame de Sévigné pour la grossesse. Madame de La Marre ne fait rien pour y échapper, et les époux ne semblent pas éprouver de difficulté à accomplir leurs devoirs conjugaux. A aucun moment, ils ne décident d’arrêter d’avoir des enfants. Marie Coroller a 43 ans à la naissance de son dernier enfant, ce qui n’est pas, pour l’époque, un âge extrêmement avancé pour une ménopause. Selon la thèse fondatrice réalisée par Pierre Goubert sur Beauvais et le Bauvaisis de 1600 à 1730, la fécondité féminine cesse à l’époque autour de 41 ans.

Ensuite, l’aisance financière du ménage lui permet d’envisager de nourrir une famille nombreuse et de recevoir aide et soins pendant ses grossesses. Elle peut donc suivre sans difficulté les sermons de certains curés qui comparent la profusion d’enfants à une bénédiction du ciel et qui jettent l’opprobre sur toute pratique contraceptive.

Enfin, si Marie Coroller peut mettre au monde un enfant tous les un ou deux ans, c’est qu’elle ne les nourrit pas elle-même. Quelques jours après la naissance, les enfants sont confiés à une nourrice, à domicile ou plus probablement à la campagne, jusqu’à leur sevrage entre 18 mois et 2 ans.

Le retour de baptême Tableau de Louis Le Nain (1593-1648) (Musée du Louvre, Paris)
Le retour de baptême –
Louis Le Nain (1593-1648). Musée du Louvre, Paris

Malheureusement, la mise en nourrice est l’une des causes de la mortalité infantile élevée de l’époque. Comme l’indique François Lebrun (voir référence complète dans la Bibliographie) : « Le voyage vers la paroisse rurale, souvent deux ou trois jours après la naissance, quelle que soit la saison, et l’adaptation à un nouveau lait sont pour le bébé une première épreuve souvent fatale ; le sevrage, dix-huit mois ou deux ans après, en est une seconde ; entre les deux, l’attitude de beaucoup de nourrices, certaines vénales et malhonnêtes, presque toutes laissées sans aucune surveillance de la part des parents, contribue à rendre le sort des enfants qui leur sont confiés plus aléatoire encore que celui des enfants nourris par leur mère. »

Apparemment, la famille de La Marre a choisi plusieurs de ces mauvaises nourrices pendant quelques années avant d’en trouver des compétentes ; ses deux premiers enfants meurent en bas âge, puis le cinquième et le sixième, contre seulement deux parmi les douze suivants (9ème et 14ème, en nourrice à Plouézoch). L’enrichissement de Jacques Alain dans les années 1660, lui permet peut-être aussi de mieux les rémunérer. Cela dit, perdre en bas âge un tiers de ses enfants n’est pas extraordinaire à une époque ou le quart des nouveau-nés disparaît avant d’atteindre 1 an.

Seule Madeleine, morte en nourrice à Plouezoch, fait l’objet d’un acte de sépulture, François Lebrun précise « il est d’ailleurs très courant que les parents n’assistent pas à la sépulture de leurs très jeunes enfants. De leur côté, beaucoup de curés du XVIe et du XVIIe siècle estiment inutile de mentionner de tels décès sur leurs registres.» A propos de l’attitude des parents endeuillés, il ajoute « une telle attitude se trouve encore renforcée au XVIIe siècle sous l’influence de la réforme catholique et de son discours : la vraie vie est ailleurs, le monde n’est qu’une vallée de larmes où l’homme pêche et risque chaque jour son salut éternel. Dans de telles conditions, le sort le plus enviable n’est-il pas celui de l’enfant baptisé qui meurt avant d’avoir atteint l’âge de raison, c’est-à-dire la possibilité de pêcher? En pareil cas, l’attitude de parents chrétiens ne peut être la tristesse, encore moins la révolte ou le désespoir, mais la joie et l’action de grâces. »

Enfant mort. Anonyme, vers 1650, Belgique. Conservé à Besançon ; musée des beaux-arts et d'archéologie
Enfant mort. Anonyme, vers 1650, Belgique. Musée des beaux-arts et d’archéologie, Besançon

A leur retour de nourrice, les enfants survivants rejoignent le reste de la famille à Morlaix. A cette époque, toujours selon François Lebrun, c’est le moment pour l’enfant de la « véritable entrée dans la famille, au milieu de ses père et mère et de ses frères et soeurs. […] Pendant toute cette seconde enfance qui va jusqu’à 7 ans environ, garçons et filles grandissent sans qu’on leur reconnaisse de statut spécifique. Une fois franchi le stade quasi animal des premières années, ils entrent presque de plain-pied dans le monde des adultes dont ils partagent le vêtement, mis à leur taille, et la nourriture […]. Du moins, placés sous la surveillance des femmes (la mère, une soeur aînée, une grand-mère encore valide) doivent-ils faire en sorte de déranger celles-ci le moins possible dans leurs multiples tâches ménagères : tel est l’objectif essentiel qui règle l’attitude des adultes à leur égard. Vers 7 ans, commence, avec la troisième enfance, ce que les hommes d’Eglise appellent l’âge de raison ou de discrétion (c’est-à-dire de discernement du bien et du mal) et où l’adaptation au monde des adultes s’accélère. C’est l’âge où, dans les familles princières, aristocratiques ou même bourgeoises, le garçon passe des mains des femmes à celles des hommes, de la gouvernante au précepteur. » 

OSTADE Adriaen Van, Portrait de famille, 1654. Conservé à Paris ; musée du Louvre département des Peintures
Adriaen Van Ostade, Portrait de famille, 1654. Musée du Louvre, Paris

Chez les de La Marre c’est l’âge où certains des enfants deviennent parrain ou marraine de leurs cadets : Jacques a presque 9 ans quand il parraine Louise, Marie a 8 ans pour Louise-Ursule et 13 ans pour Marguerite-Rose, Louise a 7 ans pour Joseph-Nicolas. Pierre-Hyérôme est l’exception puisqu’il n’a que 4 ans pour Joseph-Nicolas et 8 ans pour Marguerite-Rose.

Baptême de Marguerite-Rose Allain en 1678. AD29. On peut voir la signature de Marie Allain (13 ans) mais pas celle de son frère (8 ans).
Baptême de Marguerite-Rose Alain en 1678. AD29. On peut voir la signature de Marie Alain (13 ans) mais pas celle de son frère (8 ans).

« Vers 12-14 ans, garçons ou filles doublent un cap décisif : ils deviennent presque adultes sans avoir jamais été enfants ou, en tout cas, reconnus comme tels. C’est l’âge de la première communion, de la pleine participation aux travaux de leurs aînés, de la mise en apprentissage pour certains, de l’intégration au groupe de la « jeunesse » où ils resteront jusqu’à leur mariage tardif. » Ainsi, dès leur adolescence, les demoiselles de La Marre participent avec cette jeunesse bourgeoise aux quêtes pour les pauvres à la sortie de la messe (source : comptes de l’hôpital de Morlaix, AD29). Avant de se marier, elles prennent un titre de courtoisie parmi les seigneuries achetées par leur père : Mademoiselle de Lancelin pour Françoise et Thérèse, Mademoiselle du Hellès pour Marie, Mademoiselle de Montafilant pour Louise.

En fait, la plus grande part de la « jeunesse » bourgeoise de Morlaix est apparentée aux enfants de La Marre. En effet, Marie Coroller a eu plus de 70 cousins et cousines germains en raison de la fertilité exceptionnelle de sa mère et de ses tantes. D’ailleurs, d’après une note de famille que j’ai retrouvé par hasard, Guillemette Le Borgne, la mère de Marie Coroller, « put voir de son vivant cent dix-sept enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants issus d’elle. Elle se plaisait à réunir chez elle tous les ans, le jour de sa fête, tous ceux de ses descendants qui habitaient Morlaix et ses environs, et chacun d’eux trouvait, sur son couvert, un sou, destiné à acheter des gâteaux aux plus petits. »

Evidemment, avec l’agrandissement régulier de la famille, c’est une gageure de loger tout le monde, y compris les domestiques, tout en abritant le négoce de Monsieur de La Marre. La famille va donc devoir déménager plusieurs fois.

Les maisons de la famille

Immédiatement après le mariage, le jeune couple s’installe chez Yves Coroller et Guillemette Le Borgne dans leur maison du quai de Tréguier. En effet, le contrat de mariage prévoit que les parents de la mariée mettent à leur disposition une chambre meublée. C’est dans cette pièce que naît Jacquette, leur premier enfant, qui ne survit malheureusement pas à ses premières années.

Plan de Morlaix vers 1840. Les maisons de la famille sont en rouge.
Plan de Morlaix vers 1840. Les maisons de la famille sont en rouge.

6 semaines après cette première naissance, et grâce à la dote de sa femme, Jacques Alain achète pour 4 400 Livres une maison en bas de la rue de Bourret. Dans ses rentiers, Monsieur de La Marre qualifie ce prix de « cher acquêt sans compter les frais et ventes« . C’est le quartier où résident de nombreux marchands de toile, dont les associés de Monsieur de La Marre. En plus, c’est par cette rue que les toiles de lin entrent en ville. Ils y vivent à peine deux ans. Françoise et Jacques y voient le jour et sont baptisés dans l’église Saint-Martin, située en haut de la colline. C’est une grande maison, du style dit « à Pondalez » avec une boutique et une grande salle au rez de chaussée, et des chambres dotées d’une cheminée sur 2 étages. Le jardin descend jusqu’à la rivière où une petite maison sert de buanderie. Mais Françoise meurt en bas âge et la famille quitte la maison avant le retour de nourrice de Jacques.

Aujourd’hui, il ne reste rien de tout cela. Au XIXe siècle, la rue Gambetta est passée à travers la maison, et la rue de Brest dans le jardin. Seules subsistent 6 grosses pierres à laver, décrites en 1728 sur le trottoir au raz de la rivière ; elles sont toujours visibles depuis le parking du cinéma Le Rialto.

Maison à Pondalez
Maison à Pondalez

A partir de 1659, les enfants de Monsieur et Madame de La Marre sont baptisés à St-Melaine et, en 1662, Yves Coroller leur échange sa maison du quai contre le manoir de Lesnoa (Henvic). Ils prennent formellement possession des lieux le 18 avril 1663. La raison de ce déménagement est inconnue. Je ne suis même pas certain de sa date exacte. Ont-ils vécus dans une autre maison de cette paroisse avant de s’installer sur le quai? En tout cas, cette nouvelle demeure est d’un style plus récent et possède indéniablement une valeur sentimentale pour Marie Coroller, qui y a grandi. Cette maison longue (plus de 17 mètres) mais étroite (moins de 6 mètres) est une des maisons dites « à lances », car la façade avant repose sur 3 piliers ou lances, en surplomb du quai. Cela permet notamment à Monsieur de La Marre de surveiller directement le chargement de ses marchandises sur les navires appuyés sur le quai, sous ses fenêtres. La maison comporte un cellier semi-enterré au rez-de-chaussée, une cuisine et une chambre/salon au 1er étage (auquel on accède par un escalier en pierre partant derrière une porte sur le quai), les 2ème et 3ème étages sont composés de chambres et de cabinets. Le jardin est en espaliers et comporte une écurie avec un accès sur la petite venelle. 15 de leurs enfants naissent dans cette maison. Aujourd’hui, l’emplacement de la maison de ce banquier est occupé par la Caisse d’Epargne de Morlaix, un clin d’oeil de l’histoire sans doute.

Plan de la maison du quai, reconstitué par l'auteur, d'après le prisage de 1728.
Plan de la maison du quai, reconstitué par l’auteur, d’après le prisage* de 1728.

Bien que Marie Coroller ait déjà accouché 4 fois, ils vivent sans enfants jusqu’au retour de nourrice du petit Jacques en 1660, puis de sa petite soeur Yvonne-Catherine en 1662. Hélas, les 2 petits garçons nés en 1661 et 1662 ne survivent pas. Alors, pendant 4 ans, les 2 enfants se partagent seuls leurs parents. Les de La Marre sont une petite famille, même si Marie Coroller en est déjà à 9 grossesses.

Maisons à Lances de Morlaix, celle de la famille Allain est la 2ème à partir de la gauche.
Maisons à Lances de Morlaix, celle de la famille Alain est la 2ème à partir de la gauche.

En 1666, Françoise est de retour de nourrice ; elle est rejointe tous les ans par un nouvel enfant jusqu’en 1676, sauf en 1668 et en 1674. Enfin, ce rythme ralentit, Madeleine-Céleste et Marguerite-Rose ne rentrant de nourrice qu’en 1678 et 1680. Cette année-là, la famille compte 12 enfants, mais les 2 plus âgés (20 et 22 ans) ont déjà quitté le domicile parental. Yvonne-Catherine (née en 1660) rentre au couvent des Ursulines en 1676, Jacques (né en 1658) part à Caen apprendre le commerce avant 1679.

Alors que les de La Marre sont entrés dans cette maison sans enfants, 15 ans plus tard, ils y vivent avec 10 enfants âgés de 3 à 17 ans. La maison du quai devient vraiment trop petite pour loger correctement une famille qui compte à présent 6 adolescents. De plus, Monsieur de La Marre délaisse le commerce de la toile pour celui de l’argent. Sa femme poursuit seule le négoce des toiles avec sa famille. En 1687, elle en a 46 ballots de 10 pièces stockés chez son frère, valant 46 000 Livres en tout. Ces activités ne nécessitent plus de subir les nuisances d’une vie sur le quai (odeurs à marée basse, activités portuaires, etc.). Jacques Alain pourrait ainsi profiter d’un peu plus de calme pour recevoir ses clients et bientôt, arranger les mariages de ses nombreuses filles.

Le 4 février 1682, Jacques Alain achète à son ami Louis Musnier de Quatremarres le manoir de Troheou, au dessus du port, pour la somme de 15 000 Livres. C’est une grande bâtisse en L à laquelle on accède soit par la grande venelle joignant le port à la rue de Ploujean (on entre alors directement au 2ème étage de la maison) soit par un porche au bout de l’impasse de Tréguier qui monte depuis le quai du même nom (on entre alors par la cour).

D'après le cadastre napoléonien de Morlaix. Le manoir de Troheou en bleu, la maison du quai en violet.
D’après le cadastre napoléonien de Morlaix. Le manoir de Troheou en bleu, la maison du quai en violet.

Les lieux sont ainsi décrits en 1687, lors de l’inventaire après-décès de Jacques Alain (AD35, 23J573). Au rez-de-chaussée se trouvent une petite écurie et un salon de réception boisé, avec une cheminée. C’est probablement la partie publique de la demeure. Au 1er étage, on retrouve, comme dans la maison du quai, un grand salon et une grande cuisine. Le salon, plutôt confortable, contient une grande table avec 2 guéridons, une douzaine de chaises de toile, 2 lustres, une grande presse en sapin, un petit lit de repos et même un clavecin. La pièce est chauffée par une cheminée et décorée de 5 grandes pièces de tapisserie ainsi que d’un grand miroir à bordure noire. Apparemment, la famille prend ses repas dans la cuisine. Une grande table ovale en chêne y est placée avec ses 12 tabourets, ainsi qu’une autre petite table dite «pour les enfants» avec 2 petits bancs.

Dans le retour, sont aménagés des bureaux pour Monsieur de La Marre et «la chambre des petites demoiselles», sûrement pour Thérèse (16 ans en 1687), Louise-Ursule (14 ans), Magdelaine-Céleste (11 ans) et Marguerite-Rose (9 ans). Les 4 enfants y dorment dans 2 lits garnis de matelas, couettes, traversins et couvertures. On trouve aussi dans la chambre un paravent à 6 panneaux, une longue table en chêne, un vieux bahut, un coffre en bois de noyer et deux petits guéridons.

Au 2ème étage, se trouvent la chambre des parents et « la chambre des garçons ». Monsieur et Madame de La Marre dorment dans un lit à rideaux verts avec deux matelas superposés, une couette de plume, un traversin et un oreiller. Ils disposent également dans leur chambre d’une « chaise de repos » (fauteuil), d’une table carrée en chêne, d’une presse à lin en chêne « façon de Saint-Malo », d’un bahut clouté couvert de cuir rouge (bourré de linge), et d’un autre petit bahut aussi couvert de cuir. Au sol, un tapis jaune et un vert. Au mur, trois tableaux. Pour se réchauffer, un chauffe lit. Pour s’éclairer, six lustres. Encastrés dans les murs, deux grandes armoires contenant 12 chaises garnies, un petit miroir et une petite lampe de cuivre.

Presse à lin, chêne XVIIe. Collection Musée des Jacobins, Morlaix.
Presse à lin, chêne XVIIe. Collection Musée des Jacobins, Morlaix.

Dans leur chambre, les garçons, Pierre-Hyérôme (17 ans) et Joseph-Nicolas (13 ans), ont chacun leur lit à pavillon (baldaquin), et se partagent deux petites tables, une petite presse à deux ouvertures et une petite presse en sapin. Un petit tableau est accroché au mur. En 1687, Pierre-Hyérôme ne vit plus au manoir depuis quelques mois, puisqu’il a été envoyé à Caen par son père pour apprendre le commerce.

Au même étage, dans le retour, se trouvent 2 chambres. La première est appelée « la chambre des demoiselles » ; elle abrite probablement Marie (22 ans), Louise (20 ans), Anne (19 ans). Les 3 jeunes femmes se partagent 2 lits garnis. La pièce contient également une table de bois de noyer, un vieux guéridon et 8 chaises de paille. L’autre chambre est décrite comme celle « où est à présent Monsieur le Président », c’est-à-dire le mari de Françoise (23 ans), président au Parlement de Bretagne. Ils se sont mariés en février 1683. Elle est meublée d’un lit garni en bois de noyer, d’une petite presse en bois de chêne, d’une chaise « de commodité » et d’une table en chêne avec 12 tabourets. La décoration est à la mesure du rang des occupants : un grand miroir à bordure noire, des rideaux aux fenêtres, 4 verres en cristal sur la cheminée, et une tapisserie à motif végétal.

Tapisserie d'Aubusson. Verdure et oiseau. XVIIe siècle. 270 x 165 cm
Tapisserie d’Aubusson. Verdure et oiseau. XVIIe siècle. 270 x 165 cm

Dans la cour, se trouvent un puits, un four à pain et un cabinet de toilettes. Un jardin à deux étages prolonge la cour vers le Nord. Dans un coin de celui-ci, existe un pavillon de 6 x 3 mètres, surplombant le quai, où loge l’aîné, Jacques (29 ans), quand il vient à la maison. La chambre à l’étage a une cheminée et est vitrée sur trois côtés. Un vieux lit garni avec son ciel et des rideaux de drap vert, 6 chaises tapissées et un petit miroir meublent cette pièce.

Une ancienne fontaine et des arbres fruitiers agrémentent le jardin. La famille peut s’y retrouver sous des tentes de toile peinte, entreposées dans le pavillon.

Aujourd’hui le jardin est largement occupé par l’ancienne salle des fêtes de la Maison du Peuple. A l’exception d’un pan de mur, le retour du bâtiment a disparu, mais le corps de la maison est toujours là, bien que rénové au XIXe siècle. Les ouvertures et la toiture ont été refaites, mais le puits est toujours en place.

Salle des fêtes de la maison du peuple. On voit encore la voute de l'ancienne fontaine.
Salle des fêtes de la maison du peuple. On voit encore la voûte de l’ancienne fontaine.

En plus de leur résidence en ville, les de La Marre aiment se rendre à la campagne. A partir de 1664, ils utilisent pour cela le manoir de La Villeneuve en Ploujean, à 6 km du port. C’est un manoir typique avec son allée d’arbres, une cour entourée de murs, un porche double (piétons/attelages), un haut pavillon avec un petit pigeonnier et même, une petite chapelle aménagée en haut de l’escalier central. En 1687, la maison est manifestement meublée pour accueillir toute la famille. Aujourd’hui, il ne reste rien dans ce village que quelques vieilles maisons, dépouillées de leurs éléments nobles.

Porche double du manoir de Kerjolis, en Lanloup.
Porche double du manoir de Kerjolis, en Lanloup.

En 1681, Jacques Alain achète le château et la seigneurie de Trogoff en Plouégat-Moysan, à 20 km de Morlaix, sur la route de Paris. Contrairement au manoir de Ploujean, il n’y installe que peu de meubles, signe de sa volonté de s’y rendre sans ses enfants. Surtout, cette terre lui confère des droits honorifiques et seigneuriaux de premier plan dans la paroisse. C’est un endroit idéal pour se retirer et vivre noblement de ses rentes, quand les enfants auront tous quitté la maison.

Monsieur de La Marre n’a malheureusement pas le temps de réaliser ce projet. En septembre 1687, il meurt d’une maladie non-précisée, à l’âge de 60 ans, laissant une veuve et 12 enfants vivants, dont 10 ne sont pas encore placés. A la tête d’une immense fortune, en terres et en espèces, Marie Coroller se consacre pendant 40 ans à l’établissement de ses enfants, puis de ses petits-enfants.

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5 réflexions au sujet de « 18 enfants ! Jacques Alain et Marie Coroller, un couple du Grand Siècle »

  1. Très belle description de la saga d’une famille morlaisienne. Je retrouve dans les commentaires tous les éléments que j’ai rencontré dans ma propre ascendance qui résidait à Tréguier, les nombreux enfants, dont certains mis en nourrice décèdent dans les paroisses alentours.

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