Notes d’écriture – Mourir à Morlaix en 1687.

Histoire de dévoiler un peu les mystères de l’écriture de mes articles, j’ai décidé d’essayer un nouveau type d’article : les notes d’écriture. Je mettrais à jour cette page au fur et à mesure de l’avancée de la rédaction de l’article consacré à la mort de Jacques Alain en 1687. Enfin, le lecteur de l’article pourra consulter ces notes, en quelque sorte, une forme de making of.

28 août 2015. What’s next?

Après la publication consécutives d’articles sur deux des fils de Jacques Alain (Messieurs de Morinville et de Montafilant), puis un autre sur axé sur la vie familiale des Alain de La Marre, j’ai le choix de plusieurs sujets pour poursuivre sur ma lancée. Il y a tellement de sujets intéressants qui pourraient être traités sous la forme d’un article. Je suis bien tenté de parler d’avantage d’une des filles et de son remariage à 53 ans avec un jeune comte à qui elle refuse son lit. En farfouillant sur le net, j’ai retrouvé une liasse sur ce procès aux archives nationales, et je préfère aller y jeter un coup d’oeil avant d’écrire des bêtises.

Quoi d’autre? Et si je partais d’un autre inventaire après-décès, comme pour les deux fils? Celui de la mère, ou celui du père? Finalement, je décide de me pencher un peu sur le père. Son inventaire est intéressant, mais pas autant que son testament, dont je dispose déjà d’une transcription.

29 août 2015. Ce sera la mort de Jacques Alain

Bien, je vais donc écrire un article à partir du testament de Jacques Alain. Quel autre document puis-je utiliser pour y donner un peu de corps? Après tout, le testament est assez court (6 pages). Cela fait un moment que je ne l’ai pas relu, et j’ai peur de manquer de substance. Il y a bien un ou deux éléments vraiment originaux, mais je ne crois pas que ce sera suffisant. Je décide de m’appuyer sur le compte que Marie Coroller rend à ses enfants de la gestion de leur patrimoine depuis la mort de leur père. Ainsi, je pourrais mettre en parallèle le testament et l’exécution des dernières volontés.

1er septembre 2015. Premières (re)découvertes

Alors que je fouillais dans mes archives afin de regrouper mes sources, je suis tombé sur un document que je ne pensais pas vraiment utile pour cet article. Il s’agit d’une des plaidoiries de l’avocat de Marie Coroller dans son procès contre son gendre, le président de Kerverzio (magistrat au Parlement de Bretagne). Ce texte est très long (133 pages) et, comment dire, un peu ch… à lire. Je me suis rendu compte qu’il faisait en fait beaucoup plus que 133 pages, et que, parmi celles que je n’avais pas transcrites il y a 10 ans, il y avait quelques éléments vraiment intéressants.

Par exemple, il y a un passage où Marie Coroller parle de « l’amitié » qu’elle portait à son mari. Oui, ça peut sembler futile, mais je ne sais rien du tout de leur relation (à part qu’ils n’ont certainement pas eu 18 enfants en se trouvant repoussant). Bon, rien à voir avec mon article sur la mort de Jacques Alain, mais ce sera bien pour un autre article (ou une mise à jour de celui sur leur vie de famille).

2 septembre 2015. Un petit tour sur le net

J’ai fait le tour de mes archives et je commence à annoter le testament de Jacques Alain. Il y a finalement plus de détails que dans mon souvenir. Le texte mériterait de pouvoir être lu intégralement. Je vais donc créer un article « archives« , histoire de pas avoir compilé toutes ces notes de bas de page que pour moi.

Dans mes pérégrinations en ligne, je me suis aussi rendu compte que le sujet avait été déjà labouré par toute une génération d’historiens des années 1970, notamment Pierre Chaunu et Michel Vovelle. J’ai même mis la main sur un article très pédagogique sur la région de Chatellerault qui me permettra de « décoder » le testament quasiment point par point.

3 septembre 2015. Une société secrète?

Continuant à creuser le net pour trouver les meilleures définitions des termes du testament, j’ai identifié plusieurs marqueurs religieux concordants. Je me suis ainsi rendu compte que la spiritualité de Jacques Alain semble largement influencée par certains penseurs de la Contre-Réforme Catholique des années 1640-1650. C’est assez cohérent si l’on considère, comme plusieurs spécialistes, que le testament comme une fenêtre sur l’éducation religieuse de son auteur.

Jacques Alain crée une fondation pour l’exposition du Saint Sacrement dans l’église de sa paroisse. Cela m’a amené à me renseigner sur ce phénomène et j’ai découvert une société secrète appelée Compagnie du Saint Sacrement. Fondée en 1630, elle est composée de notables, membres du clergé ou dévots laïcs, aussi est-elle appelée « parti des dévots ». Son but officiel était de « s’appliquer pour le besoin du prochain dans toute l’étendue de la charité ». Ainsi, en 1656, c’est sous la pression de la Compagnie que Mazarin crée l’hôpital général de Paris. Essentiellement parisienne, la société inspire la création de nombreuses filiales en province. Parmi ses membres on trouve des stars comme Fénelon, Bossuet et Saint Vincent de Paul.

Louis XIV interdit officiellement la Compagnie en 1666, y voyant un nid de cabales. Je n’ai pas trouvé de filiale à Morlaix, et bien entendu aucune preuve d’une quelconque affiliation de Jacques Alain. Cependant son action  en faveur des pauvres et de l’établissement d’un hôpital général à Morlaix me laisse supposer au moins une proximité de pensée de mon banquier avec ce courant spirituel du XVIIe siècle.

15 septembre. Je perds le rythme !

Plusieurs jours que je n’ai pas écrit, reprise du boulot oblige. Mais je n’abandonne pas le sujet. Le thème de la mort n’est peut-être pas le plus facile pour conserver la motivation de départ.

11 octobre. La reprise

Voila, j’ai réussi à m’y remettre. Je viens de terminer l’écriture de la partie consacrée aux fondations pieuses, aux rentes et aux dons religieux. J’ai pu utiliser ce que j’avais trouvé sur la compagnie du Saint-Sacrement, et j’ai un nouveau sujet d’article autour du conte le vicaire saint, publié par François-Marie Luzel en 1874 et qui raconte l’histoire d’une riche vieille dame de Morlaix sauvée du diable par le vicaire de Saint-Mathieu. Si le vicaire est bien identifié (Bienheureux François Jagu, 1625-1707), l’identité de la vieille dame addicte des jeux de cartes pourrait être marrante à imaginer.

20 Novembre. Cette fois, je le termine cet article !

Après ma visite aux archives, je cours le risque de commencer des nouveaux articles sans avoir achevé les précédents. Je suspends donc mon dépouillement des aveux de 1677 pour enfin rédiger les deux dernières parties sur la mort de Jacques Alain. 

Bon, j’ai enfin cliqué sur « publier », mais je sens bien que je n’en ai pas tout à fait terminé avec ce sujet. Ma relectrice préférée ne va pas manquer de souligner la fin un peu brutale de cet article. Il me faudra donc patienter encore un petit peu avant de retourner travailler sur le quai de Tréguier.

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2 réflexions au sujet de « Notes d’écriture – Mourir à Morlaix en 1687. »

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