De retour après quelques jours en Bretagne

Pour la semaine dernière, j’avais programmé quelques jours de vacances en Bretagne. L’occasion était trop belle pour ne pas m’arrêter en chemin dans quelques centres d’archives. Ce retour aux sources (au propre comme au figuré) a été très vivifiant. J’ai résolu quelques vieilles questions et bien entendu j’en ai ramené des nouvelles. Petit aperçu dès à présent, à chaud, de ces quelques découvertes, et indirectement de ma façon de travailler.

Remettre le nez dans des archives déjà plusieurs fois exploitées peut s’avérer dangereux pour un historien. Il peut finir frustré de ne rien trouver de nouveau, ou au contraire, à la moindre découverte, retomber dans la terrible addiction de la « chasse aux trésors ». Sachant cela, je me suis contraint à ne passer qu’une demie-journée aux archives départementales d’Ile-et-Vilaine et quelques heures dans celles de Loire-Atlantique. J’avais déjà largement fouillé ces fonds il y a une dizaine d’années, et je rabâchais souvent mon besoin d’y retourner.

AD de Rennes
AD de Rennes

Retourner aux archives. Oui, mais pour quoi faire?

Avec seulement quelques heures sur place, je n’avais pas le loisir d’improviser mes recherches. Pour préparer ce dépouillement, forcément rapide, j’ai pu m’appuyer sur mes notes et sélectionner à l’avance les liasses que je voulais voir ou revoir. J’ai aussi bénéficié des inventaires en ligne des AD de Nantes. Connaissant parfaitement les fonds que je voulais consulter, je m’étais fixé 3 objectifs :

  • Vérifier que je n’avais pas écarté un document capital par erreur, manque de recul ou jugement hâtif sur sa valeur.
  • Revoir certaines liasses pour compléter la collecte initiale.
  • Mieux contextualiser l’environnement de Jacques ALAIN et de sa famille.

En vérité, je pense avoir atteint mes objectifs. Je me suis rassuré sur certaines liasses que je craignais n’avoir pas assez sérieusement exploité, surtout à Rennes. Le fonds de La Bourdonnaye-Montluc (Série 23J) est ma principale source sur Jacques ALAIN de La Mare et sa famille, mais il contient près de 1000 liasses, dont quelques dizaines seulement m’intéressent. En 2002, j’y avais découvert avec étonnement les papiers de deux fils et d’un des gendres du banquier morlaisien. Certes, je manquais à l’époque de rigueur dans mes notes, mais l’excitation de tout ce que je trouvais alors ne m’avait pas fait rater des pièces importantes.

Inventaire du Fonds 23J - AD35
AD35, inventaire du Fonds 23J, première page.

A Rennes, j’ai donc pu compléter mes 2 premières vagues de collecte (2002 et 2007), tandis que, à Nantes, j’ai récolté de quoi ajouter un peu d’épaisseur, de matière, de détails au Morlaix de la fin du 17è siècle.

Au bilan, 17 liasses ouvertes et plus de 1000 clichés à exploiter.

Disposant de l’aide précieuse de ma tendre moitié (lisez son blog), nous avons pu consulter en quelques heures 8 liasses à Rennes et 9 à Nantes. Avec les smartphones d’aujourd’hui, plus puissants que les appareils photo numériques d’il y a 12 ans, nous avons enchaîné les clichés. Je n’ai pas le compte exact, mais j’ai importé plus de 1000 fichiers images sur mon ordinateur. Il m’a fallut presque une semaine pour tout classer par liasse et document.

Mes répertoires à exploiter, seulement pour Nantes.
Mes répertoires à exploiter, rien que pour Nantes.

Le risque quand on travaille sur le 17è siècle et ses archives lacunaires, c’est de poser des hypothèses parfois fragiles. Une seule ligne dans un nouvel acte peut suffire à mettre à bas les plus belles constructions intellectuelles. Je n’y ai pas échappé, et je suis même assez fou pour reconnaître mes erreurs. Par exemple, je sais maintenant que je me trompais sur la maison de naissance de Marie Coroller (ses parents n’ont acheté leur maison sur le quai que 5 ans après sa naissance), et sur les circonstances du meurtre dont a été accusé Jacques ALAIN de Morinville en 1679 (je supposais un duel ou un accident, je n’imaginais pas une bataille d’ivrognes). Certains articles de ce blog vont donc prochainement faire l’objet d’une mise à jour. Maintenant que j’ai avoué mes erreurs, je vais rapidement les corriger (qui a dit « faire disparaître les preuves »?).

De Rennes et Nantes, j’ai aussi ramené quelques nouveaux mystères à résoudre, et donc de nouvelles hypothèses à construire. Ainsi, le sujet de la noblesse de la famille ALAIN était déjà compliqué, le mystère s’épaissit avec la découverte de deux Pierre ALAIN bénéficiant d’une lettre d’anoblissement en 1586. L’un des deux est le grand-père de Jacques ALAIN de La Marre. Les descendants de l’un des deux ont probablement utilisé un faux pour faire reconnaître leur noblesse. Je ne sais même pas si je pourrais un jour déterminer quelle lettre est authentique, ne disposant que de copies. Celle reproduite ci-dessous est une copie sur parchemin de la lettre anoblissant le grand-père de Jacques ALAIN. Jusqu’à la semaine dernière, je croyais que cette lettre n’existait pas.

AD35, 23J 212, Lettre d'anoblissement de Pierre ALAIN, fils de Vincent.
AD35, 23J 212, Lettre d’anoblissement de Pierre ALAIN, fils de Vincent.

Heureusement, j’ai pu trouver aussi quelques réponses. Cette nouvelle série de documents va me permettre surtout d’approfondir certains événements que je connaissais déjà.

Avant même d’avoir transcrit et dépouillé toutes ces sources supplémentaires, j’ai déjà pu identifier plusieurs sujets d’articles que je vais mettre sur le métier. Je compte donc vous parler prochainement  :

Salle des pas perdus du Parlement de Bretagne (photo de l'auteur du blog).
Salle des pas perdus du Parlement de Bretagne (photo de l’auteur du blog).

Premier aperçu de ce que j’ai trouvé

A Nantes, j’ai collecté des éléments très détaillés sur la réformation du domaine royal établie entre 1675 et 1679 (Série B). Sorte de cadastre avant l’heure, dont il ne manquerait que le plan, la réformation du domaine royal força tous les propriétaires fonciers à faire une déclaration précise de chacun de leur bien. J’ai dorénavant en photos de nombreux extraits du Papier-Terrier pour la paroisse Saint-Melaine de Morlaix (avec un focus sur la famille COROLLER et les maisons à Lances du quai de Tréguier), mais aussi la description des bornages et des murailles de la ville.

Maisons à Lances de Morlaix, celle de la famille Allain est la 2ème à partir de la gauche.
Maisons à Lances de Morlaix, celle de la famille ALAIN est la 2ème à partir de la gauche.

Toujours à Nantes, j’ai entièrement copié le registre de la capitation de Morlaix en 1720. Cet impôt individuel sur la fortune, annoncé comme temporaire sous Louis XIV, est devenu définitif sous Louis XV. J’y ai noté aisément que Marie COROLLER est la plus taxée de Morlaix en 1720. On peut aussi y discerner la distribution des richesses entre les différents quartiers de Morlaix, ou encore découvrir la liste des ouvriers de la manufacture des tabacs.

A Rennes, j’ai trouvé la plupart des pièces du procès pour meurtre de Jacques ALAIN de Morinville en 1679. Je croyais devoir me rendre à Caen pour en savoir plus sur cette sombre affaire. Heureusement, la rapacité de ses neveux était si forte qu’ils ont exigé que le coût de ce procès soit déduit de sa part de la succession de ses parents. Les archives familiales, déposées à Rennes au 19è siècle, ont donc conservé les détails sanglants de cette enquête.

J’avais, depuis ma première visite, une longue plaidoirie de l’avocat de Marie COROLLER dans un procès contre son gendre, Jean-Olivier BERTHOU de Kerverzio au sujet du compte de la tutelle des enfants mineurs. J’ai exploité ce document notamment dans mon article en cours d’écriture sur la mort de Jacques ALAIN (voir mes notes d’écriture). Je regrettais de n’avoir pas aussi récupéré un des documents de la partie adverse. C’est chose faite à présent, mais l’écriture des avocats de 1704 va me donner des migraines.

AD35, 23J 218, mémoire de l'avocat du président de Kerverzio.
AD35, 23J 218, mémoire de l’avocat du président de Kerverzio.

A Rennes et à Nantes, j’ai recueilli quelques éléments complementaires sur les enfants de Jacques ALAIN : d’autres lettres de Jacques à son frère et à sa mère, le testament de Françoise, le contrat de dotation de Marguerite-Rose au couvent des Ursulines de Guingamp, et le contrat de mariage de Céleste.

Enfin, à Rennes, j’ai élargi ma collecte initiale concernant la gestion des seigneuries possédées par Jacques ALAIN de La Marre autour de Lesneven (Kervasdoué, Lancelin et Traongurun). Je savais déjà qu’il avait failli mourir étranglé par le curé de Languengar à cause de quelques quartiers de blé, mais j’ai découvert qu’il dut s’engager dans un procès interminable avec le co-acheteur de ces terres, qui m’a tout l’air d’un escroc.

Entre Rennes et Nantes, je suis quand même passé à Morlaix. J’en ai profité pour me promener en ville, au-dessus du quai de Tréguier. Depuis les allées du parc de Monsieur de Montafilant, on devait avoir une sacré vue sur la région. En redescendant en ville, petit détour autour du manoir de Trohéou (Grande Venelle), où j’ai aperçu un vieux mur, qui s’avère être le dernier vestige de la maison de Jacques ALAIN sur le quai de Tréguier (l’écurie et l’accès à la venelle).

Petite venelle de Troheou, où on peut encore voir l'arrière de l'écurie de Jacques ALAIN.
Petite venelle donnant sur Troheou (photo de l’auteur du blog).
Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s